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Rapport "Chevaux de trait : le retour ?"

IV. VILLES

2. Fiches de terrain

Fiche N°11 : Opération chevaux de trait dans le bois de Vincennes (Paris)

 

 1. REDACTEUR : Bernadette LIZET

Date de la rédaction : 11 novembre 1999

 

2. INTITULE : Opération chevaux de trait dans le bois de Vincennes (Paris)

Mots-clefs : Ville, gestion différenciée, écologie urbaine, action promotionnelle (communication), cohésion du service et multi-partenariat.

 

3. ORGANISME : Circonscription du Bois de Vincennes (Direction des Parcs, Jardins et Espaces Verts de la Ville de Paris)

 

4. SOURCES D'INFORMATION

Terrains : le 13/09/98, entretien avec Louis-Marie Paquet (ingénieur-chel de la circonscription du Bois de Vincennes) ; le 2/11/99, entretien avec Jean-Claude Carretier (forestier, responsable de l'Atelier des chevaux) et Michel Neff (forestier et bûcheron); sur le site de l'île de Bercy, suivi du travail avec José Thorel et Alain Dupuy (jardinier et bûcheron).

 

5. DATES, DUREE, PERIODICITE DE L'OPERATION

Expérience lancée le 16 octobre 1998 (médiatisation à Noël 1998), pérennisation escomptée.

 

6. REPERES HISTORIQUES, GEOGRAPHIQUES ET SOCIAUX

Le Bois de Vincennes constitue une entité administrative forte, et un haut lieu de la politique des espaces verts parisiens. Comme le Bois de Boulogne, il est géré par un service spécial de la DPJEV.

Fréquentation intense (18 millions de visiteurs/an, 3 fois 1/2 la Tour Eiffel, 2 fois 1/2 Versailles).

Est mise en avant la persistance tardive (1975) d'un dernier couple homme-cheval de travail dans le Bois de Vincennes : l'homme et le cheval partent à la retraite, cela marque les esprits. Une quinzaine d'années plus tard, un Conseiller de Paris lance l'idée d'une réintroduction et invite la DPJEV de Paris à concrétiser. La gestion du Bois de Vincennes aurait été "différenciée avant l'heure", au plus près de l'attente du public ("faire plaisir aux visiteurs") : depuis 10 ans, on procède à un "fauchage différencié" (exportation de la matière organique, pour favoriser les différences entre les sols, et laisser se reconstituer des associations végétales de milieux pauvres, à flore spécialisée), création d'une réserve ornithologique, curage de rivières selon les conseils de l'Association Hérpétologique de France, conservation des bois morts - qui ont favorisé, entre autres, le retour du pic noir, "techniques de reconquêtes forestières" qui ont permis de reconstituer la stratification naturelles... Le dossier a été monté en 1994 par le prédécesseur de l'actuel responsable de la circonscription. Il restait bloqué (en particulier à cause du problème du logement des chevaux), et L.-M. Paquet a mis son point d'honneur à passer à l'acte : l'Atelier "Chevaux de trait" a été monté à l'automne 1998. Une forte médiatisation a été faite à Noël 1998.

 

7. ACTEURS

L'opération est une initiative volontariste du Service de la Circonscription du Bois de Vincennes. Le déblocage administratif du dossier s'est fait par une recherche systématique de partenaires :

- chevaux : mise à disposition par le Service des Haras Nationaux

- écuries : un autre Service de la Ville (la DPE - Direction de la Protection de l'Environnement) a libéré un local (dépôt forestier au milieu du bois), transformé en Atelier des chevaux de trait. C'est à la Ferme pédagogique de Paris (dépendant du service Paris-Nature) (Route du Pesage, face à l'hippodrome) que les chevaux prennent leur repos dominical et estival (deux semaines : Atelier fermé).

- entretien : la ferrure (tous les deux mois)est assurée par la Garde Républicaine (Quartier Carnot), en échange de l'entretien des arbres du Quartier et les prestations vétérinaires (pas les produits, et dans la mesure des compétences) par le Parc zoologique de Paris à Vincennes (Muséum National d'Histoire Naturelle), en échange d'un entretien des arbres, et de fourniture des fagots de feuilles (fourrage). En cas de problèmes graves, il faut s'adresser à l'Ecole Vétérinaire de Maisons-Alfort (ce fut le cas pour l'un des chevaux en 1998 ; c'est le service Paris-Nature, le seul à bénéficier d'une ligne budgétaire relative à l'animal, qui a réglé la dépense).

Trois conventions ont été signées : avec les Haras Nationaux, la Garde Républicaine et le Zoo.

Le démarrage de l'opération a suscité deux travaux d'étudiants (INA Paris-Grignon, 1998 et 1999).

 

8. DEFINITION DE L'ACTION

Les motivations ont été multiples :

- l'écologie : "On essaye de limiter l'utilisation de matériel à moteur mécanique (thermique)". Deux voies: les véhicules électriques (qui posent des problèmes de fiabilité), et l'animal.

- la publicité : "faire un coup" médiatique. Comme le concours de dahlias, le travail avec les chevaux de trait valorise l'image du Service, par l'action spectaculaire sur le territoire.

- la pédagogie à l'extérieur : "montrer aux Parisiens ce qu'est un cheval de trait, dans la diversité des situations de travail possible" (beaucoup de Parisiens n'ont jamais vu de chevaux de trait) ; un prospectus présentant "l'atelier de chevaux de trait du Bois de Vincennes" est distribué sur demande aux promeneurs.

- la pédagogie en interne (le Bois de Vincennes : 400 emplois) : l'Atelier des chevaux de trait doit donner l'exemple d'une équipe motivée et souple, 6 jours sur 7 (6 jours sur le terrain, le dimanche au paddock, à la Ferme de Paris, route du Pesage).

Une équipe polyvalente (deux bûcherons, un jardinier et un agent de surveillance : 3 des 4 métiers classiques du Service - pas de candidature de cantonniers retenue) a donc été mise en place, par un "redéploiement de personnel" (sans embauche extérieure, mais après recrutement sur motivation). Les quatre charretiers (ou meneurs : le jardinier est adhérent à Trait de Génie, il a participé aux Routes du Poisson 1998 et 1999) ont par ailleurs bénéficié d'une formation spécialisée apportée par le Centre d'Enseignement Zootechnique de Rambouillet (5 semaines à temps plein, pour les hommes et les deux chevaux sortant de l'élevage).

L'Atelier des chevaux de trait est transversal, et il fonctionne "en régie" (autonomie financière) : il effectue des prestations pour les 4 ateliers de cantonniers, les 5 ateliers de jardiniers, les 2 ateliers de forestiers (Est et Ouest), et l'atelier central des bûcherons. Les tâches seront multiples, sur des sites divers, mais surtout sur la "bulle centrale" (zone écologique, zone de silence) du Bois, les 450 ha qui ont été débarrassés des voitures depuis 3 ans :

- Toute l'année (2 jours par mois) : hersage des pistes cavalières (10 km)

- En hiver : débardage de bois de chauffage (pas de sortie de grumes actuellement ; seul le bois de chauffage est vendu aux particuliers : 400 stères) ; enlèvement des feuilles accumulées contre les grilles des "rivières" (lundi et samedi, de novembre à janvier) ; apport de copeaux de bois dans les cuvettes d'arrosage d'arbres.

- Toute la belle saison : ramassage d'ordures dans une zone de pique-nique (Tapis Vert) ; arrosage des hautes tiges récemment transplantées (une politique de "reconquête forestière" - fermeture des routes - est conduite depuis une dizaine d'année : 3000 arbres à abreuver tous les étés, dont 500 par les chevaux)

- Un fauchage tardif des prairies en gestion différenciée (entretien de la biodiversité, réduction des coûts) avait été programmé. Faute de matériel adapté, le projet a été abandonné. L'herbe est piétinée, la force requise (broyeur sur un axe) est bien supérieure à celle déployée par les faucheuses agricoles traditionnelles qui s'attaquaient à l'herbe haute. L'usage d'un moteur auxiliaire enlèverait tout intérêt à l'opération traction animale.

- Depuis le démarrage de l'Atelier Chevaux de Trait, un cahier journalier est tenu par les meneurs (tâches exécutées, précisant les volumes transportés - bois, feuilles-, et faits notables tels que les soins vétérinaires, livraison de fourrage etc.).

 

9. CAVALERIE

Les deux jeunes chevaux ardennais mis à disposition par le Service des Haras Nationaux au démarrage de l'opération ont dû être remplacés par l'éleveur, qui s'y était engagé par "convention morale" préalable : Hello a eu des problèmes de santé. Des juments "très douces, très bien dressées", ont été refusées parce qu'écourtées. Les deux sujets (ardennais toujours) en service actuellement sont entiers. Le critère qui a guidé le choix des animaux, chez un éleveur recommandé par la directrice du Haras des Bréviaires (Région parisienne), a été principalement le calme : dans le bois, on craint la pression du public, les chiens et les cerf-volants. Le dressage, très accompli, a été assuré au Centre d'Enseignement Zootechnique de Rambouillet.

Pourquoi la race ardennaise ? A cause du caractère très doux, de la rusticité, de leur taille moyenne... mais aussi parce que l'ingénieur en chef de la circonscription du Bois de Vincennes est ardennais d'origine.

 

10. INSCRIPTION DANS DES RESEAUX

Les réseaux seraient plutôt ceux de l'écologie urbaine (gestion différenciée des Services des jardins et espaces verts : colloque des Ingénieurs des villes à Strasbourg, en 1993), et la référence, le débardage dans les forêts péri-urbaines (comme à Strasbourg). Mais le responsable de la circonscription du bois de Vincennes insiste sur l'absence de véritable modèle. Depuis que le dossier a été porté à connaissance publique (fin du mois d'août 98), un intérêt se manifeste dans les services des villes (par exemple, Strasbourg, encore dans un schéma "classique" de débardage forestier, suivra de près le déroulement de l'expérience véritablement "urbaine", définie par la présence d'un public nombreux autour du couple cheval/homme au travail ; un savoir faire est donné en spectacle, en même temps qu'on déploie une action technique efficace. Un échange entre les deux villes a eu lieu à la fin du mois de novembre 1999 avec la ville de Strasbourg.

Mais le montage de l'opération s'est fait par un multi-partenariat qui constitue en lui-même un réseau : liaison conventionnelle entre la circonscription régionale des Haras (achat des chevaux), la Garde Républicaine (ferrure), le Centre d'Enseignement Zootechnique de Rambouillet (formation des hommes et des chevaux) et le Parc zoologique (qui vient de faire l'acquisition de 2 chevaux comtois pour les déplacements des vétérinaires auprès des animaux). Ont également permis le démarrage de l'entreprise : un constructeur spécialisé (Mouzon, diffuseur des prototypes "Nolle"), le Centre de formation à la traction animale de la Bergerie de Rambouillet ; quant au Centre de Formation Professionnelle à la Profession Agricole de Mirecourt (Vosges), il permet à un ancien jardinier de l'équipe de l'Atelier Chevaux de trait de se professionnaliser pour le débardage à cheval (il envisage une installation à son compte) : autant de fiches à connecter.

 

11. ASPECTS ECONOMIQUES

Beaucoup de coûts "externalisés" (le prix des chevaux, leur logement le vétérinaire et la ferrure).

Quatre emplois sont créés : le poste le plus cher, et de loin, est celui des salaires (80% du budget : 400000 f/an). Montage du budget dans une logique de troc ("échange de compétences").

Expectative sur le calcul économique : "On espère un équilibre, pour valider l'opération".

 

12. PERSPECTIVES

- Objectif : réussir l'expérience, d'autant qu'elle est fortement médiatisée. Une question d'image du Service vis à vis de la Ville, et d'image de la Ville auprès des Parisiens.

- Le service fonctionne, le cheval s'est fait une place. Mais à quel prix ? Complexe.

- D'un secteur à l'autre du bois et d'un atelier spécialisé à l'autre, l'organisation du travail est complexe, et la programmation toujours un peu hasardeuse. Le parc de véhicules motorisés du DPJEV est très important (la Ville de Paris est le premier acheteur français de matériel de parcs et jardins), le recours à la traction animale ne s'impose pas. C'est la volonté du service qui a donné sens à l'expérience, et "les chevaux doivent se faire une place" (et le travail du chef d'atelier consiste entre autres à "leur trouver du travail"); il faut jouer de persuasion, assurer une médiation attentive et persuasive : "il faut que cet atelier apporte un service".

- L'acquisition d'un troisième cheval est envisagée pour le début de l'année 2001. Le responsable de l'atelier est prudent : il faudrait résoudre des problèmes de matériel. La fonction du cheval de trait est identifiée : le transport. Mais il faut rationaliser les opérations de chargement et de déchargement des matières transportées : remorque 4 roues qui benne (équipée d'un vérin hydraulique à main), avec une petite grue actionnée par un moteur auxiliaire, existant pour le chargement de bois (matériel suédois).

 

13. CONTACTS

Messieurs Louis-Marie Paquet, Etienne Petitjean et Jean-Claude Carretier, Circonscription du Bois de Vincennes, Service des Parcs, Jardins et Espaces Verts de la Ville de Paris, Rond-Point de la Pyramide, 75012 Paris. Tél. 01 43 28 28 80/ 01 43 68 95 82/0149571515.

 

14. FICHES À CONNECTER (POUR POURSUIVRE LA RECHERCHE)

- Les éléments du réseau des partenaires et prestataires impliqués dans le montage du dossier (voir rubrique 10).

- Mais aussi les villes inspiratrices indirectes (Strasbourg)

- Les constructeurs- fournisseurs ou pressentis (Mouzon : le système actuel - remorque, tropiculteur -, J.-P. Lamoureux, Farmy : remorque avec petite grue à vérin hydraulique, benne basculante)

- Francis Dorpff, président de L'association des Débardeurs de France (échange d'informations sur les remorques équipées de grues avec moteurs auxiliaires pour le chargement de rondins).

 

15. SYNTHESE ET PISTES DE RECHERCHE

- La création de l'Atelier chevaux de trait du Bois de Vincennes résulte d'un engagement personnel de l'Ingénieur en chef du service sur ce dossier, dans le cadre d'une politique globale d'écologie urbaine, impliquant de multiples acteurs et registres de l'action :

o renforcement d'une pratique de gestion écologique déjà affirmée (création d'une réserve ornithologique, préservation de vieux arbres pour l'entomofaune, partenariat avec des associations naturalistes...) : la traction chevaline respecte les sols, réduit la pollution (bruit et gaz toxiques), développe le sentiment de la nature

o effort de communication, essentiellement médiatique (grand public, relais journalistique) ; l'action pédagogique (Ferme de Paris) est encore peu développée.

o effet d'image (le Service, la Ville de Paris améliorent leur image)

o l'opération qui soude l'équipe (Vincennes, 400 employés), et valide sa capacité à se mobiliser, et travailler la souplesse pour se rendre disponible auprès du public local (les Parisiens).

 

- Cette entreprise volontariste s'est plutôt bien concrétisée, au moins dans sa première phase de réalisation. Dans un service très bien équipé en matériel à moteur sophistiqué, par ailleurs très cloisonné, où les habitudes sont établies, faire fonctionner une petite équipe transversale n'allait pas de soi.

 

- Elle débouche sur une réflexion concernant l'action technique, à deux niveaux :

o se procurer le matériel adéquat (localiser les constructeurs, pousser à la conception de prototypes éventuellement),

o plus globalement (stratégie technique), réinventer la liaison traction animale/traction motorisée, identifier la spécificité du recours à l'animal

 

- Pour développer l'expérience, il est nécessaire de régler les problèmes de matériel (rencontre avec les utilisateurs de la traction chevaline de la Ville de Strasbourg pour comparer les expériences, coordonner les demandes vers un constructeur de matériel..).Est particulièrement identifié le problème de l'action de chargement/déchargement (qui serait réglé avec une remorque équipée d'une petite grue à vérin hydraulique)

 

- Ne pas dissocier le CT des autres équidés, d'un "système du cheval" dans le Bois de Vincennes : service de surveillance à cheval, équitation récréative, roulottage de loisir - calèches : "système du cheval dans le Bois de Vincennes. Présence de l'espèce dans ce lieu : détente, plaisir et sécurité.

 

16. DATE DE VALIDATION PAR LES ACTEURS : 1er décembre 1999