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1. REDACTEUR : Bernadette LIZET
Date de la rédaction :12 mars 1999
2. INTITULE : Promenade en char à bancs dans le vieux Quimper
Mots-clefs : centre ville, roulottage touristique, culture d'éleveur de berceau, Société Hippique Rurale, concours d'atttelage.
3. ORGANISME
Joseph Trellu, agriculteur-éleveur en retraite
4. SOURCES D'INFORMATION
Entretien le 6 mars 1999, et press-book personnel de Joseph Trellu
5. -DATES, DUREE, PERIODICITE DE L'OPERATION
- Démarrage en 1991
- Activité strictement saisonnière (juillet et août)
6. REPERES HISTORIQUES, GEOGRAPHIQUES ET SOCIAUX
- Ce voiturage touristique valorisant le "patrimoine culturel" d'un centre ville ancien a pour maître d'uvre un agriculteur éleveur de postiers bretons, qui a pris l'initiative de contacter l'Office de Tourisme de Quimper en 1991, à la suite d'une expérience positive (fête de Tréguénec, Finistère, été 1989 : avec un "quatre roues, contenance, 10-12 personnes).
- Joseph Trellu est un fidèle des concours : il participe aux "modèles et allures" - niveaux départemental et régional - depuis 35 ans, et aux concours d'attelage depuis 1989 (les premiers dans la région).
- Cette activité urbaine quimperoise a été rendue possible par une série de facteurs :
o La localisation particulière de la ferme en immédiate périphérie urbaine (quartier du Moulin Vert), et l'installation du couple retraité dans un lotissement très proche (Coat Ti Dreu).
o JT possédait une expérience du travail avec les chevaux de ferme (lorsqu'il s'est installé, ses juments binaient le jardin et livraient l'ensilage de maïs aux vaches : en 1989, c'est d'ailleurs un petit char-à-bancs de livraison de lait en ville utilisé par les parents qui a permis de renouer avec le dressage d'attelage de loisir).
o JT aime l'attelage, il fut l'un des premiers à passer son diplôme de meneur (Premières guides) et deux de ses juments étaient prêtes pour "faire la ville", un travail qui impose un très bon niveau de dressage pour les chevaux et du professionnalisme pour le meneur
- Cette activité estivale apporte un petit complément de revenus à l'exploitant agricole retraité de puis 1991, et a surtout permis de maintenir et de diversifier la vie sociale autour des chevaux après la retraite.
- Les "promenades en calèche dans Quimper" s'enracinent dans une culture d'éleveur de berceau de race :
o Attachement à l'art de "la génétique" (façonner des reproducteurs) et à la lignée de juments de concours : "toujours les mêmes chevaux depuis un siècle" dans la belle-
famille de Joseph Trellu, qui reçut une bonne pouliche en cadeau de mariage, en 1963).
o Si la cessation de l'activité professionnelle (une petite exploitation en polyculture-élevage bovin laitier et faire-valoir indirect, aux portes de Quimper) est inéluctable, il est difficile d'envisager l'interruption volontaire d'une transmission de la lignée (un ou deux poulains par an depuis les années 1960). Et quand on la perd accidentellement (comme ce fut le cas voilà quelques années), on la rachète dans le réseau des éleveurs de concours, au sein duquel les gestionnaires des mêmes souches constituent un prolongement de sa propre famille (les parentés humaines et chevalines sont en correspondance).
o Le désir de perpétuer cette lignée est d'autant plus fort qu'elle a gagné, et continue de gagner : le beau-père avait obtenu le très convoité 1er prix régional en 1948, à Vitré, et un éleveur des Côtes-d'Armor a eu l'honneur de représenter la race bretonne au Concours agricole de Paris en 1999, avec la petite-fille d'une jument née chez JT (c'est donc une chère "Parisienne"). Chez J.T., on attend le retour du "grand prix" ("tous les 50 ans"...).
o Qu'ils soient de "modèles et allures" ou "d'attelage", les concours jouent un grand rôle dans la vie sociale : on s'y retrouve en équipe de copains, en groupe d'entraide de voisinage (particulièrement important en Bretagne)
o La sociabilité est particulièrement vive entre les éleveurs de poulinières : "tous les gens auxquels j'ai vendu des femelles sont devenus des amis"
o Cette sociabilité s'étend au réseau de l'attelage, qui se diversifie : tout le monde n'y est plus agriculteur. On s'entraide particulièrement pour s'équiper : lors de la première année de calèches à Quimper, c'est par exemple un meneur de Loctudy qui a prêté le char à bancs
o C'est encore grâce à l'entraide et à l'échange de prestations dans le voisinage que J.T. a pu conserver l'usage d'une partie de ses anciennes terres, louées à deux propriétaires de chevaux de loisir (une pur sang anglais et sa fille de deux ans, croisée Selle Français, deux poneys) : en échange d'une surveillance quotidienne (deux fois par jour), ses trois postières ont les prés gratuits.
7. ACTEURS
Accords entre :
- l'agriculteur péri-urbain à la retraite, propriétaire de l'attelage et cocher
- l'Office de Tourisme de Quimper (qui annonce la prestation dans son dépliant publicitaire, et encaisse une cotisation), et avec qui le parcours a été déterminé
- la Ville de Quimper, à qui il faut demander chaque année une autorisation de circuler et qui encaisse une redevance
- le Département (gestion de l'espace vert des bords du Stéïr), qui a mis met ses pelouses à disposition pour l'entraînement à l'attelage des postières de JT, et pour le stationnement estival de la jument de ville, à quelques mètres de la maison d'habitation actuelle.
8. DEFINITION DE L'ACTION
- Promenade au pas de quinze à vingt minutes dans le secteur piétonnier de la vieille ville de Quimper en char à banc (terme breton désignant tout véhicule léger à deux roues, banalisé ici en "calèche" par l'Office de Tourisme pour se faire comprendre d'une clientèle de vacanciers citadins).
- Le véhicule est une maraîchère pouvant transporter 9 personnes, provenant du Cap Sizun, restaurée.
- muette au départ de l'expérience (en 1991), la promenade s'agrémente aujourd'hui d'un historique des quartiers traversés (enrichi par des lectures et des échanges permettant de répondre aux fréquentes demandes d'information des passagers, souvent amateurs de culture locale : "j'en connaissais un peu, mais il a fallu que j'apprenne ma leçon").
- J.T. a pris l'initiative de travailler en costume breton (de Quimper), car "c'est plus attrayant" pour les touristes (et c'est la tenue qu'il a par ailleurs choisie pour les concours d'attelage); le panneau arrière de la maraîchère est orné d'une hermine (qui figure dans les armoiries de la Bretagne).
- À midi, l'attelage gagne le jardin d'une villa appartenant à des amis de JT, à proximité de son parcours; c'est là que la jument se repose tandis que JT s'en va déjeuner en ville (et c'est également ici que la voiture stationne la nuit, avec les harnais protégés par une bâche.
- Tous les jours (sauf s'il pleut) depuis les premiers jours de juillet jusqu'à la fin du mois d'août.
9. CAVALERIE
- Radenn, une jument postière de 16 ans, qui n'est plus mise à la saillie pour rationaliser le travail (l'adoption a été exceptionnellement pratiquée, ce qui fut possible avec une poulinière très maternelle qui accepte alors de nourri deux poulains mais cela reste toujours délicat)
- Sa fille Balzanne a parfois été utilisée.
10. INSCRIPTION DANS DES RESEAUX
JT appartient à la Société Hippique de l'Odet (créée au début des années 1960). La SHR :
o rassemble tous les éleveurs de postiers et traits bretons "de la pointe de la carte" (d'Elliant à Plogoff) participant aux concours d'élevage et d'attelage
o a créé une section "attelage", sous l'impulsion des éleveurs-utilisateurs (la moitié des membres : 25 environ) qui participent aux concours réservés aux éleveurs et dotés de primes par les Haras, mais qui prennent part également à une série de défilés de fêtes (les Filets Bleus de Concarneau, les Pommiers de Fouesnant, les Ajoncs d'Or de Pontaven, la Noce bretonne de Beuzec - qui existe depuis 35 ans -, pour lesquels ils reçoivent un cachet).
11. ASPECTS ECONOMIQUES
- Il faut considérer les frais d'installation et de maintenance :
o achat et restauration de la maraîchère (1000 f/ 6000 f)
o renouvellement de pièces de harnais
o entretien à l'année des deux juments qui "font la ville"
o le travail en ville exclut la participation à certaines fêtes (ex : Douarnenez)
o beaucoup de travail de préparation (toilette quotidienne : cheval, harnais, voiture)
- Comptabilité de l'activité proprement dite :
Frais : annonce OT (parution dans le catalogue 800 f), droit de place journalier (18 f/j), assurance au tiers, ferrure au tungstène (620 f), déjeuners au restaurant
- Bilan : "on avait pensé à une petite jeune fille qui aurait pu nous remplacer sur Quimper, mais je ne sais pas s'il faut encourager un jeune. Nous, on est à la retraite... (Madame Trellu)"... "On n'en fait pas une profession... moi, c'est plutôt pour passer mon temps à la retraite, c'est très difficile de vivre avec un attelage, bien sûr ça apporte un complément, mais en vivre... c'est aléatoire" (Joseph Trellu).
12. PERSPECTIVES
- Le très grand aléas météorologique (été pluvieux, ou excessivement chaud - 1996 et 1997 par exemple) et le caractère étroitement saisonnier de l'activité la rendent nécessairement complémentaire d'autres moyens de subsistance le reste de l'année.
- L'opération a très bien marché en 1991 et en 1992, parce que la formule était originale dans la région (et en France). Depuis, les initiatives se sont multipliées (l'expérience de Quimper jouant d'ailleurs un rôle d'exemple, et assurant le relais de l'information : conséquence d'un article paru dans la plaquette publicitaire "Les traits dans la ville", à l'occasion du 3° Championnat d'attelage des chevaux de trait de Maisons-Laffite, en 1992). Depuis ces débuts prometteurs, pour J.T., "le travail a été divisé par deux".
- Limites et problèmes pour les aspects techniques du travail en ville : fréquents blocages dûs au stationnement illicite des camions de livraison, une glissade accidentelle (avant le passage à la ferrure au tungstène), et allergie de la postière Radenn aux pétards lancés par les enfants du quartier du Moulin Vert lorsqu'elle stationne dans l'espace vert du Stéïr (dans un parc " électrique ").
13. CONTACTS
Joseph Trellu, 12 rue George Sand, 29000 Quimper. Tél. 02 98 95 19 69
14. FICHES À CONNECTER (POUR POURSUIVRE LA RECHERCHE)
- Combinaison des prestations d'attelage "professionnelles" (payantes) de J.T. en ville : mariages, Père Noël, fêtes et défilés
- Détailler la Noce bretonne de Beuzec (folklorisation touristique ancienne et durable)
- Société Hippique de l'Odet (détailler le fonctionnement, en particulier sous l'angle des prestations touristiques et urbaines)
- Association Bretonne d'Attelage (ABA) : formation et examens
- Suivre les ferrures au tungstène du maréchal-ferrant, expert régional ( CT urbains)
- Visites de centres villes et châteaux en calèche :
o synthèse régionale (Gingamp, Lamballe, la Pointe du Raz, Le Faouët, Locronan, Morlaix, Saint-Brieuc...)
o détailler les Père Noël aux chevaux frisons du Centre d'Aide par le Travail (Combrit)
15. SYNTHESE ET PISTES DE RECHERCHE
- J.T. fut l'un des pionniers du voiturage touristique urbain ; ce type d'activité pourrait avoir atteint les limites du développement possible au niveau régional (à explorer en recherche complémentaire)
- J.T. persiste parce son activité, tout en lui apportant un petit complément financier, constitue également un loisir :
o "Passer le temps à la retraite", voir du monde, apprendre l'histoire des quartiers de sa ville et de la Bretagne toute entière (il commente ses visites)
o Vivre et partager sa passion du cheval de trait, de l'attelage et de l'élevage des bêtes à concours (maintien de la lignée, circulation des pouliches de son origine dans le réseau des connaisseurs), et dans le changement qui s'est accompli des dernières années (diversification sociale de l'élevage et de l'utilisation du CT, de plus en plus ouverts à des non-agriculteurs)L
- Le système de la "calèche à Quimper" fonctionne :
o Grâce au bricolage et à un troc de prestations diverses à divers niveaux (cercle traditionnel de l'entraide de la Société Hippique de l'Odet, nouvelles relations de voisinage sur les terres de l'ancienne exploitation et sur les lieux du travail urbain, arrangements avec le Département pour l'usage de l'espace vert).
o Parce qu'il fait le lien entre des usages anciens et nouveaux du CT, et mobilise une riche culture d'éleveur en berceau de race, qui a toujours maintenu une pratique d'attelage touristique et folklorique (la Noce Ancienne de Beuzec par exemple)
- Du fait de son expérience du travail agricole avec les chevaux, d'une très bonne insertion dans un cercle de l'entraide de la Société Hippique de l'Odet, et de sa localisation en périphérie de la petite ville, J.T. était à la fois :
o Particulièrement bien placé pour tenter l'expérience du voiturage touristique urbain
o Partie prenante d'une mutation culturelle et paysagère du quartier, de l'agricole au loisir vert : les collines abruptes sont restées bocagères (au contraire des terres agricoles des plateaux voisins, sévèrement remembrés dans les années 1970), et si quelques-unes de ses anciennes terres ont été partiellement urbanisées - construction d'un cimetière, d'une usine - les chemins creux et les haies de hêtres têtards monumentaux ont été préservés et valorisés par les activités familiales de plein air (marche, VTT et promenades à cheval sur chemins balisés). Les juments de J.T. ont en particulier bien trouvé leur place dans une politique d'urbanisme vert du Département, qui a aménagé le vaste terrain bordant le Stéïr en espace vert rustique "parcours VTT semi-urbain".
- Du quartier post-agricole du Moulin Vert au centre ville piétonnier voué au tourisme, les Postières de Joseph Trellu, ancien éleveur de laitières FFPN et éleveur-utilisateur actif de CT, mettent en évidence le nouveau rôle social et économique du CT :
o Valorisation du patrimoine culturel des centres historiques bien typés (de la race chevaline régionale au costume et à l'architecture locale, le folklore - du costume comme levier économique)
o Nouveaux usages d'une campagne post-agricole, transformée en cadre de vie "nature" pour les loisirs citadins.
16. DATE DE VALIDATION PAR LES ACTEURS : 23 novembre 1999