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1. REDACTEUR : François PORTET
Date de la rédaction : 19 octobre 1999
2. INTITULE : Production de Lait de jument
Mots clefs :agrobiologie, alternative à l'hippophagie , diversification agricole, groupement de producteurs, production, race auxoise
3. ORGANISME
LEGTA ( Lycée d'enseignement général et technique agricole) SEMUR CHATILLON
Groupement d'intérêt Scientifique Lait de Jument.
4. SOURCES D'INFORMATION
Entretien avec M. Vey, Chef d'exploitation du Lycée agricole de Semur - Châtillon
Documentation dont : " le lait de jument revue bibliographique " de Carole Drogoul , INRAP Janvier 1993.
5. DATES, DUREE, PERIODICITE DE L'OPERATION
Production mise en place au lycée à partir de 1992.
6. REPERES HISTORIQUES, GEOGRAPHIQUES ET SOCIAUX
L'expérience de production de lait de jument a été mise en place dans le cadre de l'établissement de Semur, les responsables du lycée avaient en effet à cette époque réalisé l'exploitation d'application du lycée qui n'existait pas jusqu'alors. La ferme dite du Champlon avec des terres disponibles permettait ce développement. L'idée présidant à cette installation était d'éviter des productions classiques, comme un atelier de production de bovins. Il s'agissait d'expérimenter en vraie grandeur des actions de diversification. Dans ce cadre ont été implantés un atelier de volaille fermière et l'atelier de production de lait de jument.
Deux éléments ont favorisé l'implantation de l'atelier de production de lait de jument : Semur est au cur du berceau de la race avec des éleveurs disposant de juments peu employées, et l'expérience d'une éleveuse passionnée par cette expérimentation : Carole Drogoul , exploitant elle-même un troupeau de jument haflinger.
Autour de ce projet se constituera un Groupement d'intérêt scientifique qui permettra d'effectuer de nombreuses recherches scientifiques sur l'intérêt du produit dans la diététique, l'alimentation humaine et vétérinaire, les produits de cosmétologie etc
Au sein de ce groupement se retrouvent des établissements d'enseignement supérieur et de recherche agronomique ( INRAP ; ENSAA, ENESAD) l'Université de Bourgogne (ENSBANA : alimentation biologie), le Haras national de Cluny , l'Institut du Cheval, le Cabinet vétérinaire de Semur , le Syndicat du cheval de Trait Auxois, et le Centre d'étude et de ressources sur la diversification : C.E.R.D (D.D.A. de Côte d'Or)
Des industriels et laboratoires sont associés à cette étude pour la recherche de débouchés .
7. ACTEURS
Le Lycée agricole de Semur - Chatillon et son chef d'exploitation M. Vey
8. DEFINITION DE L'ACTION
Pour le lycée de Semur- Chatillon l'élevage de chevaux de trait Auxois pour la production de lait de jument répond à un objectif de diversification des productions animales, c'est pourquoi le C.E.R.D. a été associé à ce projet dès l'origine Le maintien et la sauvegarde de la race Auxois constituent un objectif secondaire qui correspond à l'ancrage régional du lycée. Aujourd'hui M. Vey se pose aussi la question de développement de telles activités dans le cadre des projets de Contrats d'exploitation (C.T.E.), dans une perspective de maintien des races patrimoniales.
Les autres partenaires du projet avaient un intérêt scientifique et technique dans le développement du produit.
Plusieurs axes ont été explorés pour l'utilisation du lait de jument à la fois pour l'alimentation des chevaux de course et des usages en diététique et produits d'hygiène humaine :
Par exemple dans le domaine vétérinaire : une expérimentation scientifique sur l'hyper immunisation des chevaux, la collecte de colostrum pour suppléer à des carences d'alimentation des chevaux de course, des recherches sur l'alimentation des juments. Dans le domaine humain des études ont été menées sur l'efficacité de cures de lait de jument chez l'homme.
Pour les haras l'objectif d'utilisation de la race Auxoise avait son importance.
En dehors de la recherche scientifique le lycée agricole a recherché un débouché économique à sa production explorant le plus systématiquement possible différents types de marchés.
Dans un premier temps un partenariat a existé avec un laboratoire vétérinaire qui a acheté à deux reprises , mais il s'agit d'un débouché irrégulier.
Une société de produits diététiques a également acheté la production à deux reprises.
Dans le domaine de la diététique les caractéristiques de ce lait nécessitent une technique de conservation comme la lyophilisation ou l'atomisation qui amènent le prix de revient du kilo respectivement à 600 et 450 francs (soit 10 litres de lait reconstitué : coût de production pour le lycée : 23 francs le litre). Il n'est pas question d'assurer la commercialisation .
Trois démarches peuvent se concevoir : recherche d'un produit et de sa commercialisation par une institution spécialisée, recherche d'un partenariat industriel qui élabore et vend un produit, travail avec un agriculteur établissement avec lui du procédé de fabrication lui même trouvant un réseau de commercialisation.
Le lycée a déjà élaboré un produit : sachet de lait lyophilisé appelé Laquina, il a été présenté dans différents salons. Il est possible de fabriquer des yaourts.
Il existe des producteurs en Allemagne, Autriche et Suisse, mais ceux ci s'approvisionnent en lait de jument dans les pays de l'Est (Pologne et Hongrie).
Durant la saison 1998-1999 la production de lait a été arrêtée en attente d'une solution commerciale viable.
L'initiative du lycée et du G.IS. ont aussi contribué au développement de petites exploitations commercialisant soit le lait soit des produits cosmétiques , deux exploitations vivent de ces produits :
L'E.A.R.L. La Voie Lactée située en Moselle à Vollmünster, exploitation en agriculture biologique ayant 50 à 60 juments productives elle élabore une crème régénérante hypo-allergénique. La Ferme des Minimes située en Seine et Marne à Saint Jean les deux Jumeaux fabrique un lait diététique lyophilisé sous la marque "Equi'libre "
Quelques autres exploitations ont tenté cette production sans en faire une activité à plein temps. Le lycée agricole de Chatillon-Semur reçoit régulièrement des demandes de jeunes en voie d'installation , désireux de monter un élevage avec ce type de production .
9. CAVALERIE
Initialement les juments étaient louées auprès des éleveurs de l'Auxois , la jument était fécondée, et faisait pouliner, en fin de campagne elle était rendue à son propriétaire avec son poulain après six à huit mois .
La difficulté dans l'espèce équine est qu'il est nécessaire de conserver le poulain pour amorcer la lactation de la mère. Celle-ci est traite trois fois par jour pour une production maximale de 6 à 7 litres.
En 1997 il a été décidé l'achat de 5 juments Auxoises l'exploitation possédant aussi une Comtoise Les juments âgées de 6 à 8 ans ont été achetées à des éleveurs membres du syndicat de l'Auxois.
Actuellement le troupeau est de 10 animaux : quatre pouliches nées des juments porteuses ont été conservées, une pouliche croisée avec un étalon de selle vendue et un poulain vendu pour la viande.
Le choix des juments Auxoises a été fait en raison d'un objectif de préservation de la race dans le berceau. Le chef d'exploitation remarque que ce choix a un coût car des animaux de grand gabarit consomment plus de nourriture. Les juments ont été choisies pour leur docilité et pour leur aptitude à la reproduction . C'est d'ailleurs là selon lui un des points faibles des chevaux de trait et en particulier des Auxois. Les mises bas peuvent aussi se révéler difficiles .
Une autre difficulté dans la cavalerie actuelle c'est que le seul critère de sélection reconnu dans la profession et la conformation, ce qui a occulté les capacités reproduction et la production laitière
10. INSCRIPTION DANS LES RESEAUX
Enseignement agricole
Enseignement supérieur agronomique
Diversification : CERD
Tentative de création avec les éleveurs producteurs de
lait de jument d'un syndicat de producteurs.
Agro-biologie
11. ASPECTS ECONOMIQUES
La question principale reste le prix de revient encore trop élevé : 23 francs par litre pour le produit lyophilisé ce qui amène à un prix consommateur de l'ordre de 25 Francs.
Cette question bloque pour l'instant la commercialisation à une échelle raisonnable .
Les investissement consentis pour l'achat des chevaux (75 000 francs) ont été en partie financés par une aide du haras : aide totale à l'investissement qui comprenait aussi des frais d'installation : 40 000 Francs
L'exploitation du lycée est reconnue en agriculture biologique pour ses pâtures (coût de la certification ), et les apports de nourriture pour les juments, mais il n'existe pas de certification et pas de cahier des charges pour la production du lait de jument biologique, celle ci devrait intervenir en juillet 2000
12. PERSPECTIVES
Pour réussir cette action de diversification, il est nécessaire de trouver un débouché commercial pour le produit lait de jument. M. Vey envisage notamment la production de yaourt. L'idée d'une complémentarité entre production du lait et utilisation des juments pour des travaux est aussi envisagé (travail dans les vignes)
Le chef d'exploitation du lycée regratte cependant une insuffisante solidarité entre les acteurs de l'élevage Auxois. Prochainement une démonstration de travail dans les vignes devait être faite, on n'a pas voulu y associer les juments du lycée
Il n'y a pas dans l'Auxois de démarche de filière ce qui ne facilite pas l'amélioration de la race et les éleveurs recherchent individuellement des solutions pour la vente de leurs produits.
13. CONTACTS
M. Vey chef d'exploitation
Lycée d'enseignement général et de technique
agricole de la Barotte
21400 Chatillon sur Seine.
Tél : 03 80 91 53 03
Fax : 03 80 91 53 19
14. FICHES CONNECTEES
Haras national de Cluny
Syndicat d'élevage du cheval de trait Auxois
15. SYNTHESE ET PISTES DE RECHERCHE
L'initiative de production de lait de jument conduite par le lycée en relation avec le C.E.R.D. a été pensée comme une action de diversification. L'idée originale de commercialiser le lait de jument sous différentes formes renouvelle singulièrement la question des produits animaux. C'est une innovation qui est sans doute un peu étrangère aux perspectives des éleveurs de l'Auxois. Elle s'inscrit dans une démarche nouvelle : production en agrobiologie, recherche de produits diététiques ou d'hygiène ou vétérinaires. L'expérimentation du Lycée est actuellement en sommeil, mais cette expérience a trouvé un écho dans d'autres régions, avec des exploitations qui paraissent viables. Aucun caractère nostalgique dans ce projet, la seule dimension patrimoniale pourrait être la préservation de la race Auxoise.
16. DATE DE VALIDATION PAR LES ACTEURS : Octobre 1999